Il est mort Jim

Plus je vieillissais, plus j’aimais me promener sur le bord de mer. J’allais régulièrement sur le Malecón Císneros, à Miraflores, où, du haut des falaises, on embrasse l’océan Pacifique. Il faut dire que j’avais, au fil des années, et après un divorce, réussi à acheter un appartement dans le quartier de Miraflores, avenue Pardo, à deux cuadras du malecón et face à l’ambassade du Brésil, pays qui a sa place dans cette histoire.
Un vendredi après-midi de la fin du printemps, j’avais quitté l’université vers midi et étais directement parti me promener. J’avais acheté une empanada dans une boulangerie dont je me contenterais avec une bière cuzqueña. Je dînai frugalement sur un banc du parc du Phare. Ce n’était pas l’habitude des Liméniens mais je réintégrai vite le mode de vie local lorsque j’achetai une glace de lúcuma au vendeur ambulant marchant à côté de son triporteur jaune.
Lorsque je repartis en direction de Larcomar, l’après-midi finissait. Les promeneurs avaient disparu. Les vieilles dames blanches de Miraflores étaient rentrées dans leurs immeubles, certaines en fauteuils poussés par des employées métisses en uniforme. Je ne croisais que des joggeurs. Voyant arriver un beau coucher de soleil, je m’arrêtai de nouveau sur un banc, au plus près des falaises. Je ne remarquai pas tout de suite l’homme qui était sur celui d’à côté.

Marc Boisson, Il est mort Jim, Ezema, P. 13, 14. Deuxième édition – 2020