Il est mort Jim

Tumbes nous avait gratifié d’une splendide journée pour la conclusion de notre séjour. Nous avons passé la matinée sur la plage, avec un couple de Français qui pratiquaient un tourisme original. Ils s’arrêtaient dans toutes les villes de la côte Pacifique de plus de 40.000 habitants. Je leur ai demandé si c’était un pari, Lis-Angela s’ils avaient de riches mécènes. Ils avaient tout simplement pris une disponibilité de six mois. Lui était employé des impôts et elle, institutrice. Ils avaient atterri à Maracaibo, au Venezuela. La deuxième ville de leur périple était San Rafael de El Moján, une ville aussi plate que la mer à côté d’elle. Ils virent si peu de maisons qu’ils crurent dans un premier temps qu’ils s’étaient trompés sur son nombre d’habitants. Ce fut ensuite la Colombie, avec Riohacha, une des plus anciennes colonies espagnoles de la côte. Ils la préférèrent à la San Rafael vénézuélienne, où le seul exotisme qu’ils avaient remarqué était des représentations du Président Hugo Chávez, qui allait mourir officiellement une semaine après notre rencontre. Huguette et Bruno, c’étaient leurs noms, se rendirent ensuite à Santa Marta. La ville n’avait pas un grand charme, avec un front de mer qui ressemblait à une avenue de zone industrielle mais Bruno, lecteur admiratif de Gabriel García Márquez, avait trouvé son bonheur sur la place principale, où les sifflements des perroquets dans la végétation luxuriante l’avaient comblé de leur exotisme. Son plongeon dans la fiction avait culminé avec une incursion à Aracataca, où il avait visité la maison des grands-parents du roi du réalisme magique, dont les souvenirs avaient enfanté Macondo.

Marc Boisson, Il est mort Jim, Ezema, 2e édition, p. 266-267