Nous décidâmes que l’émission s’appellerait Le quart d’heure psychanalytique du docteur Pip. Les mots nous paraissaient retentir d’une belle évidence. Ils n’avaient qu’un seul inconvénient : ils contraignaient à une très courte durée, qui correspondait mal au projet initial. Nous ne relevâmes pas. Les cours du lundi furent sacrifiés, comme d’habitude, mais à autre chose qu’à l’habituelle prolongation du week-end. Nous passâmes directement du porche au bar-cave de la faculté. Une large partie de la journée fut consacrée à griffonner des synopsis de projets ou plutôt des projets de synopsis.
Comme l’avait annoncé la jeune fille, le créneau radial nous fut accordé sans problème. Les bénévoles ne se précipitaient pas à Radio Pip. Il faut dire que Bernard n’avait pas tout à fait tort quant au faible niveau professionnel des radios libres. Elles tenaient toutes leurs promesses en ce qui concerne le qualificatif. Chacun était libre d’y faire de la qualité mais personne n’y était contraint.
Le directeur était un soixante-huitard vieillissant qui répondait au doux nom de Percevin Matagallois – je n’ai jamais su si ce nom improbable était vraiment le sien. Naturellement, il cumulait les deux caractéristiques inévitables : il était divorcé et animateur culturel de MJC. Il avait quelques compétences techniques qui lui avaient permis de bricoler un vieil émetteur et de vagues copains lui avaient cédé le reste du matériel, s’épargnant un transport à la décharge municipale. L’ensemble, une fois monté, ne fonctionnait pas trop mal, ce qui était d’autant plus étonnant que les animateurs étaient aussi les techniciens et que les manipulations étaient parfois brutales.

Marc Boisson, Vox Latina, Le Manuscrit, 2e édition P. 153, 154 – 2011