Je ne peux pas terminer l’année sans parler de la Vierge de Guadalupe. Noël s’y prête mais c’est la moindre des circonstances.
La “Virgen de Guadalupe”, c’est l’unicité pour la multitude. Le souffle tellurique du bouillonnant Mexique conduit à un point au nord de la ville de Mexico, la Villa – Tepeyac, du nom de la colline où, en 1531, la Vierge est apparue à l’indien Juan Diego. Le 12 décembre, fête de la Guadalupe, on y va à bicyclette – il faut voir ces pèlerinages qui confluent de tout le pays, avec à l’avant, la statue de la Vierge fixée sur le plateau d’une camionnette que les cyclistes poursuivent à coup de pédales jusqu’à Tepeyac. Sur une plus courte distance, mais avec la même souffrance, des pèlerins marchent à genoux jusqu’à la Basilique. 8 millions encore cette année ! Le Mexique espagnol et indien s’incarne dans la Guadalupe. On dit qu’elle a évité le massacre total des indiens dans ce pays, que Charles Quint a autoritairement nommé Nouvelle Espagne dès qu’il l’a eu dans son escarcelle et qui est sans doute resté le plus espagnol d’Amérique Latine. L’historien Jean Descola écrivait qu’au Siècle d’or, l’Espagne retentissait des cloches de ses églises. Vous ne trouverez pas d’église vide à Mexico mais pourtant, par l’oeuvre du syncrétisme, les civilisations pré-colombiennes résonnent, assourdissantes.

 

Je me demande si mes pas devaient me conduire à Tepeyac. Deux personnes qui ne se connaissaient pas, à qui je parlais de ma prochaine installation à Mexico, m’ont demandé de rendre visite à la Virgen de Guadalupe. “Elle avait un message pour moi”. J’étais comme Jim Rosso dans les premières pages de Il est mort Jim et suis d’ailleurs ce qu’il est devenu à la fin du roman. Pour un agnostique amateur des églises vides, le chemin était semé d’embûches. Mais il a bien fallu que je mette les synchonicités qui se sont produites à Mexico au son de la Guadalupe et c’est tant mieux. Je la remercie et lui rends hommage ce soir.
¡Feliz Navidad!