Le piano 🎹

Extrait de mon manuscrit en cours


Le soleil qui inondait la pièce à mon réveil s’était rafraichi de nuages qui jouaient à cache-cache avec mon piano. Je posai une boisson mentholée gazeuse sur le haut de l’instrument et adressai mes doigts désormais confiants à la nacre des touches. Je n’avais pas hésité pour l’entrée en concert. J’entamai les notes de la partition du prélude et fugue BWV 855 du clavier bien tempéré. Mon regard s’en éloigna bientôt, sans que je m’en rendisse compte, pour plonger dans le va-et-vient de la mélodie que mes doigts expiraient comme s’ils l’avaient toujours connue. Ils débutèrent lentement, comme la composition le demandait, revinrent sur eux-mêmes, partirent en ligne droite, firent battre le contrepoint d’une main l’autre, dont le morceau ne se départirait plus, un rythme de fond qui lui offre son ossature et sa confiance pour exprimer sa liberté. Les notes s’accélèrent ensuite comme si elles allaient chuter mais demeurent toujours debout, vives, parfaites. Je jouai encore et encore les deux minutes de cette offrande que Bach a faite à la plénitude sans présager de sa postérité.

Prélude et fugue

Je ne me lasse pas du dialogue entre les deux mains dans ce morceau de Bach et cette interprétation.
On parle bien de « contrepoint » ?

Víkingur Ólafsson – Bach: Prelude et Fugue in mi mineur, BWV 855

Bach

Il explique : « C’est pour cela que le but ultime et le propos final de toute musique est de louer Dieu et la récréation de l’âme. Si l’on ne prend pas cela en compte, il n’y a donc pas de vraie musique mais plutôt un vacarme et un bourdonnement diaboliques ». Derrière ces généralisations on trouve la supposition, si ce n’est pas à proprement une affirmation, que sa musique, dédiée à « honorer Dieu », devait donner lieu au « délice permis de l’âme » de ses musiciens comme de ses auditeurs, comme si, comme le suggère Butt, « il y avait une connexion mécanique entre une intention de composition religieuse et un effet profane, terrestre ». C’était une autre manière, dont s’est prévalue Bach, d’affirmer l’unité des natures physiques et spirituelles [ …]
John Eliot Gardiner, La música en el castillo del cielo, Acantilado 2005 Traduction MB