Manuscrit en cours d’écriture

L’été succéda au printemps, comme il se doit, puis arriva l’automne au terme d’une série de concerts de Simon en Nouvelle Aquitaine. Il joua au Temple de la Rochelle. Le nom de la salle convenait bien à la haute estime qu’il avait de cette ville lumineuse, où les vieilles pierres prêtent le flanc à l’océan et à de vieilles et récentes histoires de navigation. On l’acclama, son histoire et lui, à la Distillerie de la ville de Pons, en Charente Maritime, dans une salle où le public dut rester debout, ce que sans doute un musicien orthodoxe aurait refusé tout de go.

L’été des festivals le conduisit au château de Chiré-en-Montreuil. A La Roche-Posay, il fut l’attraction des Vacances de Monsieur Haydn et Les Coréades terminèrent le cycle estival et lui offrirent un repos automnal dont il se serait bien passé malgré la fatigue de son véhicule et de ses rotules. Il avait demandé à son agent de ne pas négocier de transports. Il aima parcourir les routes de Nouvelle Aquitaine, découvrir des villes vers lesquelles ses vingt années dans la région ne l’avaient pas conduit, des monts et des vallons, des vieilles demeures en pierre, des matins où la nature exhale une odeur d’humidité entêtante, où le soleil en dévoile les volutes de brume qui s’en élèvent. Souvent, il arrêta sa voiture dans de petits chemins de creux de chênes pour une communion matinale de ses sens, à une heure et en des lieux où nul moteur, nul camping-car ne le gênaient.

Marc Boisson, Le piano, Manuscrit, p. 54