Alberto Borges met en scène en Champagne un ballet musical qui traverse l’Amérique latine
La scène s’éclaire. On dirait que l’ombre de la nuit tombante lui cède la place. La rumeur du public s’éteint au fur et à mesure de la montée des notes du Cosi fan tutte de Mozart. […] C’est le départ d’une longue caravane depuis la pointe australe de l’Amérique du sud. Les véloces centaures du texte de Valcárcel traversent la cordillère des Andes. Puis le Bach to Bach de Stan Getz rythme la marche. Elle devient chaloupée, plus légère avant que le Chant général de Pablo Neruda ne la fasse reprendre le chemin des hautes montagnes. […] La nuit désormais complète permet de distinguer les quetzals colorés projetés tout autour des voiles soulevés par les danseurs. Les Andes, à bout de souffle, dévoilent de luxuriantes vallées. Les contreforts de l’Amazonie saisissent les voyageurs. Est-ce déjà l’Elodorado ? La Sonate au clair de lune, revisitée par le Lenny Marcus Trio, s’interroge. Le jaguar de Sepúlveda n’est pas loin. Les Machiguengas de Vargas Llosa murmurent le secret de leurs terres. […].
Et voici que les côtes caraïbes découvrent leurs eaux turquoises. Les portes du pays de l’imaginaire s’ouvrent sur la baguette de García Márquez. Le rythme furieux de la Moldau de Smetana, interprétée par le pianiste Joachim Horsley, défriche les terres marécageuses jusqu’au village de Macondo. Le colonel Aureliano Buendía est devant le peloton d’exécution. Il se souvient de la glace des gitans. […]
Avec le désert, le voyage s’achève. 7000 kilomètres du Chili au Mexique. Les balles de Rulfo fouettent les talons dans le silence assourdissant des pierres en feu.
Extrait du manuscrit du roman Effervescences, Marc Boisson 2026
Photo © Giovanna Boisson 2018








