Il est mort Jim – extrait

Il est mort Jim

A Lima, je devins professeur d’histoire. On me disait assez populaire auprès des étudiants et quelque peu atypique pour les canons de la Pontífica Universidad del Perú, la PUC. J’avais choisi, auparavant, pour mon doctorat, de travailler sur le Sentier Lumineux. On était à la fin des années 1980 et c’était un fait d’actualité. Le mouvement maoïste, dirigé par l’énigmatique professeur Abimael Guzmán, le camarade Gonzalo, ensanglantait le Pérou. Les habitants de Lima vivaient au rythme des annonces d’attentats et des nouvelles de massacres dans les zones reculées du pays. La ville interdisait la circulation dès une heure du matin et jusqu’à l’aube. Invariablement, le couvre-feu amenait les patrouilles militaires. Au détour d’une rue, au milieu des places, les piétons attardés tombaient nez à nez avec des tanks et des militaires peu engageants, menaçants avant l’heure et dangereux ensuite.

La construction de la mémoire

Le Sentier Lumineux dans l’épisode 8 de Il est mort, Jim

J’ai été témoin de bribes d’événements de la guerre civile du Sentier Lumineux. J’observe qu’elle rentre dans la narration que fait le Pérou de lui-même après un temps de latence, comme s’il avait fallu une période de digestion.

Le sentier occulte



Parque Kennedy-Miraflores-Lima

En 1986, lorsque je suis arrivé à Lima, le mouvement maoïste, dirigé par Abimael Guzmán, le « Président Gonzalo », s’infiltrait dans la ville. Comme je le raconte dans Il est mort, Jim, je suis un soir tombé sur des tanks au hasard d’une rue. Gare à ceux qui circulaient après l’heure du couvre-feu. Le Sentier Lumineux paraissait une pieuvre aux tentacules invisibles. On ne le voyait pas mais on en entendait parler sans cesse. Les coupures d’électricité, les assassinats, les petits attentats se multipliaient.