Le piano

Le piano, Manuscrit p. 16

Pierre-Alain laissa un répit à Simon, tant que les morceaux de pain qu’il avalait avec la croustade, en dépit de la désapprobation muette mais néanmoins visible de son épouse, lui obstruaient la bouche et lui tenaient la langue. Au poisson et son lit de fenouil, il s’étonna de ne pas connaître son nom. Il répondit qu’il était un amateur, et que d’ailleurs il avait un travail qui n’avait rien à voir avec la musique. La femme élégante exclama une désapprobation : « Simon, enfin, tu as un tel niveau ! ». Dès la circulation du plateau de fromage, il s’entendit demander où il avait étudié. « Et bien, Pierre-Alain, dans un conservatoire. Quel meilleur endroit, tu ne trouves pas ? ». Avant que la glace ne fonde sur son caramel salé, le mari inélégant voulut connaître la liste des concerts qu’il avait donnés, le nom des musiciens et des orchestres avec lesquels il avait joués. Clara s’agaça alors et lui suggéra, avec une ironie qu’elle réussit à teinter de diplomatie, qu’il leur fournisse un formulaire dans lequel ils pourraient ajouter les adresses et numéros de téléphone de l’ensemble de ces salles, interprètes et orchestres.
Aussitôt le repas terminé, Simon fut invité à rejoindre le piano.

 

Le piano

Extrait


Un concert qui fait du bruit

Un concert qui fait du bruit      ?

Vous ne connaissez pas Simon Brocas ? Retenez bien ce nom.

Personne n’en avait jamais entendu parler dans le monde très fermé de la musique jusqu’à ce 12 avril à l’Auditorium Saint-Germain du Conservatoire de Poitiers. Il a pourtant défrayé la chronique de l’édition 2022 du festival Prima La Música. Simon Brocas est un pianiste d’une maîtrise que l’on nous dit hors du commun. Mardi dernier, son récital a comblé les connaisseurs qui s’étaient mêlés à un public par ailleurs très parsemé. Il est plus que probable que les salles se remplissent à ses prochains concerts, si le mystérieux interprète accepte de se produire de nouveau.

Il est légitime de se demander comment un pianiste qualifié d’un tel talent a pu passer inaperçu jusqu’à une cinquantaine bien sonnée. Un pianiste, qui plus est, habitant dans la Vienne depuis de nombreuses années. Ne cherchez plus. Dès la fin de sa première interprétation mardi dernier, Simon Brocas a révélé son secret. Il n’avait jamais touché à un piano jusqu’à une certaine journée du mois d’août dernier.

Le piano Extrait

Pierre-Alain et Clara avaient le même avis. Lorsque j’appelai le premier, il me dit que je devrais communiquer en pleine transparence. Il avait le ton joyeux du mari heureux en ménage. « Tu n’as plus de crainte d’être considéré comme une bête de foire puisque ton examen neurologique est parfaitement normal ». Il était partisan de la deuxième option que j’avais envisagée, essayer une carrière musicale en racontant mon histoire.
Clara avait une autre raison de penser la même chose. Bien que parfaitement ancrée dans les réalités, elle pensait qu’il y en avait d’autres, longtemps avant que la vie ne m’amène à l’envisager. Mon cas pourrait servir à faire progresser les connaissances sur les phénomènes de l’invisible. Mes habiletés soudaines ne pouvaient pas être niées et pas non plus expliquées scientifiquement. « Si seulement cela pouvait faire avancer la science vers l’étude du paranormal, conclut-elle ».

Mario Vargas Llosa à l’Académie française

Quelle bonne nouvelle pour la France et pour le Pérou. ¡Qué buena noticia para Francia y para el Perú!

 

Le piano ?

Extrait du manuscrit Le piano.
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Dans la série « c’est tellement mieux qu’Halloween »

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Le piano

Le piano est le titre du roman sur lequel je travaille actuellement. C’est l’histoire d’un homme qui, du jour au lendemain, devient pianiste, sans jamais avoir appris à jouer de cet instrument.

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« Alors seulement on devient capable de savoir que le monde que l’on regarde chaque jour est une description »

Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan Les leçons de don Juan, Folio, P. 326

Le piano

Extrait de mon manuscrit en cours


Le soleil qui inondait la pièce à mon réveil s’était rafraichi de nuages qui jouaient à cache-cache avec mon piano. Je posai une boisson mentholée gazeuse sur le haut de l’instrument et adressai mes doigts désormais confiants à la nacre des touches. Je n’avais pas hésité pour l’entrée en concert. J’entamai les notes de la partition du prélude et fugue BWV 855 du clavier bien tempéré. Mon regard s’en éloigna bientôt, sans que je m’en rendisse compte, pour plonger dans le va-et-vient de la mélodie que mes doigts expiraient comme s’ils l’avaient toujours connue. Ils débutèrent lentement, comme la composition le demandait, revinrent sur eux-mêmes, partirent en ligne droite, firent battre le contrepoint d’une main l’autre, dont le morceau ne se départirait plus, un rythme de fond qui lui offre son ossature et sa confiance pour exprimer sa liberté. Les notes s’accélèrent ensuite comme si elles allaient chuter mais demeurent toujours debout, vives, parfaites. Je jouai encore et encore les deux minutes de cette offrande que Bach a faite à la plénitude sans présager de sa postérité.