Il est mort Jim – extrait

L’invitation arriva par courrier glissé sous sa porte, à la manière liménienne. Ma tante Véronique d’Ouro Preto me conviait au lancement du livre A paixão de Tiradentes,,celui qu’elle avait écrit avec son étudiant Felipe, ledit Burro. C’était un joli document avec le titre du roman entre une photo de Paris et une autre d’Ouro Preto. Le lancement aurait lieu à la librairie de la ville brésilienne que j’avais fréquentée lors de mon précédent séjour. Dans deux semaines un samedi matin. J’aurais bien voulu y être, pOuro Pretoas tellement pour l’événement, plutôt pour la ville. Mais c’était trop loin, trop cher et je manquais de temps. J’écrirais un message de sympathie à ma tante. L’idée d’un voyage à Ouro Preto ne me quitta pas de la semaine, dont je passai une grande partie à la surveillance des examens de fin d’année à la PUC. La date du 15 décembre n’était-elle pas finalement propice à un changement d’emploi du temps ?

Le piano – extrait

Manuscrit en cours d’écriture

L’été succéda au printemps, comme il se doit, puis arriva l’automne au terme d’une série de concerts de Simon en Nouvelle Aquitaine. Il joua au Temple de la Rochelle. Le nom de la salle convenait bien à la haute estime qu’il avait de cette ville lumineuse, où les vieilles pierres prêtent le flanc à l’océan et à de vieilles et récentes histoires de navigation. On l’acclama, son histoire et lui, à la Distillerie de la ville de Pons, en Charente Maritime, dans une salle où le public dut rester debout, ce que sans doute un musicien orthodoxe aurait refusé tout de go.

Simon Brocas est le pianiste

Le piano, manuscrit en cours d’écriture

Simon Brocas s’offre un concert chez lui dont il est l’interprète. Quelques jours auparavant, il n’y aurait même pas songé : il ne savait pas jouer du piano et n’avait même pratiquement aucune connaissance musicale…

Chaque chapitre, de ce livre dont je poursuis le manuscrit, comporte des compositions qui sont des morceaux que Simon interprète.

Voici, par exemple, un extrait du deuxième chapitre « La parenthèse enchantée » et la liste des oeuvres de Bach qu’il joue.

Il est mort Jim – extrait

Il est mort Jim

A Lima, je devins professeur d’histoire. On me disait assez populaire auprès des étudiants et quelque peu atypique pour les canons de la Pontífica Universidad del Perú, la PUC. J’avais choisi, auparavant, pour mon doctorat, de travailler sur le Sentier Lumineux. On était à la fin des années 1980 et c’était un fait d’actualité. Le mouvement maoïste, dirigé par l’énigmatique professeur Abimael Guzmán, le camarade Gonzalo, ensanglantait le Pérou. Les habitants de Lima vivaient au rythme des annonces d’attentats et des nouvelles de massacres dans les zones reculées du pays. La ville interdisait la circulation dès une heure du matin et jusqu’à l’aube. Invariablement, le couvre-feu amenait les patrouilles militaires. Au détour d’une rue, au milieu des places, les piétons attardés tombaient nez à nez avec des tanks et des militaires peu engageants, menaçants avant l’heure et dangereux ensuite.

Ça n’intéresse personne – extrait

Ça n’intéresse personne

Le 19 décembre 2018, le Père Brune téléphona au Dr Jean-Jacques Charbonier et lui dit combien il était content de mourir. L’information que le médecin posta sur les réseaux sociaux me sauta aux yeux. Je connaissais ce dernier de mon précédent livre et pensais très souvent au prêtre depuis notre rencontre au Mexique.
Le Père Brune assura Jean-Jacques Charbonier de toute son affection avant de décéder quelques jours plus tard. Je me rendis à son enterrement, un lundi matin que le soleil avait offert à l’hiver. La cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité rutilait sur les abords de Seine. Un long véhicule à la robe métallique en ouvrit les grilles. Les quelques personnes que nous étions le suivirent et entrèrent avec le cercueil dans la salle de la cérémonie. Je reconnus deux médiums sous les icônes, une témoin convaincante au grand coeur d’une lointaine expérience de mort imminente et un écrivain proche du défunt que je n’aimais pas beaucoup.

Marc Boisson, Ça n’intéresse personne, Ezema, p. 1 – 2022

Le piano – extrait

Simon s’assit sur un muret qui séparait la promenade de la plage et observa longtemps la mer, comme une première étape méditative de sa semaine de retraite. Il privait souvent ce dernier mot de sa voyelle finale, sans hommage aucun pour Georges Pérec dont La disparition avait, dans sa bibliothèque, une constante absence, le meilleur hommage à son titre et à cette expérimentation du Nouveau roman dans son combat contre la littérature.

Marc Boisson, Le piano, Manuscrit, 2022, p. 71

Vox Latina – extrait

Vox Latina

Par un matin frais du mois d’avril, vers cinq heures, je sortis de Tamatave. Dès le début, les lacets de la jolie route goudronnée m’amusèrent. La Honda adhérait parfaitement à la chaussée et les sacoches bourrées d’habits et de matériel de toute sorte, amarrées au porte-bagage soudé la veille, ne me ralentissaient pas. Le soleil et bientôt la mer, au détour d’un virage, confortèrent mon optimisme. A Mahambo, station balnéaire de fortune, je m’arrêtai pour piquer une tête et boire un robusta.

Il est mort Jim – extrait

Il est mort Jim

Tumbes nous avait gratifié d’une splendide journée pour la conclusion de notre séjour. Nous avons passé la matinée sur la plage, avec un couple de Français qui pratiquaient un tourisme original. Ils s’arrêtaient dans toutes les villes de la côte Pacifique de plus de 40.000 habitants. Je leur ai demandé si c’était un pari, Lis-Angela s’ils avaient de riches mécènes. Ils avaient tout simplement pris une disponibilité de six mois. Lui était employé des impôts et elle, institutrice. Ils avaient atterri à Maracaibo, au Venezuela.

Il est mort Jim – extrait

Il est mort Jim

Nous allâmes chercher notre créanciale à la cathédrale du Puy. Pour être exact, je la ramenai à Napoléon car l’oecuménisme de l’Eglise n’allait pas jusqu’à l’accepter en son sein. Il allait pourtant prouver qu’il était un bon pèlerin et c’était déjà un coeur pur. J’assistai à la messe de 7H avec des gens habillés comme pour l’ascension du Mont-Blanc. Je me demandai s’ils avaient laissé leurs piolets à l’entrée, comme moi mon chien à la maison. L’accumulation de désagréments me conduisit à des pensées négatives. Je n’aimais pas beaucoup les liturgies catholiques et eus un haut-le-coeur en m’imaginant marcher pendant des jours aux côtés de ces anoraks colorés et de ses pantalons en velours. Je souffris plus encore lorsque le prêtre, après la messe trop matinale et la distribution des créanciales, interrogea la foule avec le doigt pointé d’un instituteur.

Vox Latina – extrait

Vox Latina

La scène se passe à Tellac. Le suffixe a un goût de sud-ouest. Je suis installé près d’une église décatie, d’où on peut voir les champs boueux attendant les cultures. Ma vieille maison aux lourdes pierres contraste, et c’est heureux, avec mes activités virtuelles dans la ville voisine, auto-dénommée mégalopole technologique. J’ai un travail qui correspond à mes prétentions créatives : j’enregistre des milliers de voix pour un éditeur spécialisé dans l’enseignement des langues. Ca ne me donne pas de visibilité mais, au fond des studios, oublié, je satisfais un goût ancien pour le son sans l’image. La radio fait partie de ma vie, pas la télévision.
Mon village est petit et démodé.